A Alain SOUCHON
Monsieur,
Le fait que vous, qui n’avez consacré votre vie qu’à votre propre carrière, vous
vous permettiez de
cracher sur Ernesto « Che » Guevara est proprement scandaleux. Et pour justifier
ce fait, quels
arguments avancez‐vous ? Vous avez trouvé sur internet des témoignages de
compagnons du Che
qui parlent de sa cruauté. Comme vous le savez, on trouve tout sur internet, le
vrai et le faux. Vous
êtes‐vous penché sur la vie d’Ernesto Guevara ? Lui aussi aurait pu consacrer sa
vie à devenir
quelqu’un de « respectable ». Issu d’une famille bourgeoise, le meilleur avenir
s’offrait à lui : il
pouvait devenir un médecin reconnu, estimé, faire fortune en soignant les riches
argentins. Au lieu
de quoi il est parti à la découverte du monde, à la découverte de la pauvreté,
des injustices sociales,
de la misère. Il a soigné les gens dans les endroits où personne n’allait,
commençant par la léproserie
de San Pablo mais il les a soignés aussi tout au long de sa vie et c’est parce
qu’il s’occupait d’un
camarade blessé qu’il a été pris et assassiné. Vous parlez de « sa cruauté ».
Croyez‐vous que
quelqu’un de cruel ferait ainsi passer la vie des autres avant la sienne ? Dans
la Sierra Maestra,
lorsqu’un ennemi était pris et qu’on savait qu’il avait été cause de la mort de
nombreux guérilleros,
les hommes qui combattaient avec le Che voulaient l’abattre. Mais lui ne voulait
pas : « On n’est pas
comme eux » disait‐il et chacun exprimait son avis en votant. Le Che, lui, ne
votait jamais la mort car,
disait‐il, il ne pouvait pas être juge et parti. Cette voix de moins, celle du
Che, a sauvé de nombreux
prisonniers…
Vous parlez, naturellement de la photo de Korda « une belle photo », dites‐vous.
Savez‐vous
seulement dans quelles circonstances a été prise cette photo ? Elle a été prise
le jour des obsèques
des victimes de l’explosion dans le port de La Havane du bateau « Le Coubre »
qui fit plus de cent
morts et des centaines de blessés. Et qui fut le premier à porter secours aux
victimes lorsque retentit
l’explosion (la première, qui sera suivie de deux autres) ? Che Guevara… Les
témoins de cet attentat
sont encore nombreux à se souvenir de cela. Est‐ce leur témoignage que vous avez
lu sur les sites
internet que vous avez visités ? Est‐ce le témoignage de ceux qui ont combattu à
ses côtés ? Je veux
dire de ceux qui ont vraiment combattu, pas de ceux qui se sont donné des airs,
à un moment donné,
et dont les véritables intérêts étaient à l’opposé de la cause défendue par le
Che… J’ai rencontré
récemment à La Havane des compagnons du Che qui ont combattu à ses côtés au
Congo ou en
Bolivie. Aucun d’entre eux ne parlait de « sa cruauté » mais tous se souvenaient
avec émotion de son
humanité, de sa gentillesse, de son écoute des autres. J’ai bien connu aussi le
docteur Freddy Ilunga
qui fut, à l’âge de 16 ans, son traducteur de swahili au Congo et croyez‐moi,
lui non plus ne parlait
pas de « sa cruauté ». Jusqu’à sa mort il nous a parlé du Che avec un infini
respect, une infinie
reconnaissance, il nous disait qu’il lui avait appris la vie, à consacrer sa vie
aux autres. Jusqu’à sa
mort, il n’a eu de cesse de célébrer la mémoire du Che et le dernier texte qu’il
a écrit « Nos héros ne
sont pas des modèles idéalisés », quelques jours seulement avant sa mort, à
l’occasion du 38°
anniversaire de l’assassinat du Che en Bolivie témoigne encore de ces
sentiments. Vous pourrez, si le
coeur vous en dit, le consulter sur notre site http://www.editoweb.eu/vive_cuba/
Mais je ne crois pas que ces témoignages‐là vous intéressent. Vous voulez
seulement attirer
l’attention sur vous. Car vous savez que 2009 verra la commémoration du 50°
anniversaire du
triomphe de la Révolution cubaine et qu’à cette occasion, on parlera beaucoup du
Che. Vous pensez
prendre le contre‐pied de la pensée dominante en crachant sur le Che mais là,
vous vous trompez car
on dit beaucoup plus, dans nos pays « développés », de mal que de bien du Che.
Ceux qui disent du
bien du Che, ce sont les pauvres de la terre, les exploités, les opprimés, ceux
qui lui doivent tant
parce qu’il a été le premier à défendre leurs droits, à leur rendre leur
dignité, à se battre pour eux et
non pas pour lui‐même.
Chez nous par contre, les patrons, de presse et les autres, les riches, les
dominants, les capitalistes,
tous ceux qui tiennent le haut du pavé, disent du mal du Che. Vous hurlez donc
avec les loups et vous
vous croyez original…
Françoise Lopez
Présidente de Cuba Si France Provence
30 novembre 2008