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ERNESTO CHE GUEVARA
Rêver, lutter et conquérir :
« soyons réalistes,exigeons l’impossible »
ESPACE CHE GUEVARA
Liste de Textes sur
CHE Guevara :
Pour ne pas se tromper sur le CHE
Le 24 septembre 2005
Par Françoise Lopez
J’ai assisté l'autre soir dans une
petite ville de province à la projection de « Carnets de
voyage » puis au débat organisé à la suite du film par « une
association de solidarité avec les peuples d'Amérique
Latine, pas avec les gouvernements » en collaboration avec
une association de cinéma. Je ne me faisais pas trop
d’illusions sur les positions de l'association de solidarité
avec l'Amérique Latine vis-à-vis de Cuba, ayant participé à
sa dernière assemblée générale nationale au cours de
laquelle il avait été impossible d’avoir un débat sur Cuba.
Mais là, ça a été le bouquet. Au responsable de
l’association, j’ai demandé en arrivant s’il avait
l’intention de faire appel à la solidarité des spectateurs
pour aider les cubains à réparer les dégâts du cyclone
Charley. Et on m’a répondu : « non, il n’y a pratiquement
pas eu de dégâts à Cuba, c’est surtout en Floride qu’il y en
a eu ! »… Alors j’ai expliqué que s’il n’y avait eu que 4
morts à Cuba et 30 en Floride, c’était que les cubains
avaient mis en place un plan de prévention qui avait
effectivement évité les pertes humaines, mais qu’en
revanche, il y avait eu de gros dégâts matériels. La soirée
commençait mal. Le reste fut à l’avenant.
Tout d’abord, la salle était trop
petite et une partie des spectateurs
potentiels, dont le coordinateur de la manifestation,
n’ont pas pu entrer et sont repartis. L’explication qui nous
a été donnée fut qu’on était en retard et qu’on n’avait donc
pas pu changer de salle comme cela avait été prévu s’il y
avait du monde. Comment un directeur de salle a-t-il pu
imaginer qu’il n’y aurait personne à un film qui faisait
partie de la sélection à Cannes ?
Du film, il n’y a pas grand-chose
à dire, si ce n’est qu’il ne m’a pas du tout laissé
l’impression que j’avais ressentie en lisant le livre. Dans
la première partie, Ernesto
Guevara et son compagnon Alberto
Granado sont présentés comme de jeunes irresponsables
qui conduisent leur moto comme des fous, mentent à longueur
de journée pour se faire héberger et nourrir sans bourse
délier. Dans le livre par contre, il s’agit de jeunes un peu
fous fous, certes, mais en rien
irresponsables et toujours à l’écoute de la misère du
peuple. La moto est un engin rapetassé avec les moyens du
bord (une Norton 500 de 1939) qu’ils n’arrivent pas à
contrôler sur les routes défoncées d’Amérique Latine. Son
nom « La Poderosa » signifie
« La Puissante » et non « La Vigoureuse » , un engin au
moteur trop puissant…La salle se tordait de rire chaque fois
que l’un des deux héros tombait de moto et réagissait peu le
reste du temps.
La deuxième partie du film,
essentiellement consacrée au séjour des deux compères à la
léproserie de San Pablo, rachetait un peu la
première. Certes, on y constatait
un changement de comportement mais sans que soit anéantie
l’impression produite précédemment.
Ensuite, le responsable
de l'association de solidarité avec l'Amérique Latine nous
expliqué que si le Che avait une énorme capacité de travail,
c’était parce qu’il était malade et que quand la maladie le
clouait au lit, il travaillait. Cela m’a fâcheusement
rappelé mes études littéraires, lorsque certains profs nous
expliquaient doctement que si Proust était génial, c’était
parce qu’il était asthmatique. Si l’asthme provoquait le
génie, ça se saurait. Rien de tel
que ce genre de raisonnement pour démolir un personnage en
ayant l’air de l’encenser car cela signifie en clair que
s’il a du génie, il n’y est vraiment pour rien, ce n’est
pas de sa faute... Ensuite, il a comparé le « mythe Che
Guevara » au « mythe Kennedy » !... Il y avait dans le
temps, à l’université où j’étais étudiante, un excellent
cours intitulé « Thèmes et mythes ». Ce monsieur aurait eu
intérêt à le suivre. Un thème est un sujet qui revient de
façon récurrente à une certaine époque ou à certaines
époques. Un mythe prend ses racines dans les peurs ou les
aspirations ancestrales de l’humanité. Che Guevara est
devenu un mythe. Kennedy ne sera jamais qu’un thème. Et
d’ailleurs, le peuple ne s’y trompe pas. A-t-on déjà vu la
frimousse de Kennedy sur un tee-shirt ? Et il a ajouté :
« Le Che est devenu un mythe parce qu’il a eu un destin
fulgurant comme Kennedy. Quand on regarde les choses de
prés, on s’aperçoit que Kennedy n’a pas fait grand-chose ».
Conclusion : le Che non plus…A une question sur la crise des
missiles, il a répondu : « Maintenant qu’on a accès aux
archives, on sait qu’aucun des deux partis ne voulait une
guerre nucléaire ». Là, il renvoie les deux partis dos à
dos, il n’y a plus d’agresseur, plus d’agressé.
Personnellement, je suis
intervenue pour dire que si c’était bien
Ernesto Guevara qui avait
entrepris ce voyage, ce n’était pas encore le Che qui en
était rentré. Que pour qu’Ernesto
Guevara devienne le Che, il faudrait un autre voyage, au
cours duquel il allait assister au renversement d’Arbenz
au Guatemala, puis rencontrer au Mexique, Hilda
Gadea, militante péruvienne
apriste en exil, puis Fidel Castro. Je conseille à ceux que
ça intéresse la lecture du petit livre de
Katrien
Demuynck « Sur les traces du Che » et je me fais
apostropher par le président de l’association de cinéma qui
me demande si ce livre explique pourquoi le Che s’est séparé
de Cuba. J’explique alors que le Che ne s’est jamais séparé
de Cuba mais qu’il avait toujours été entendu entre lui et
Fidel que le moment venu, il irait porter le combat partout
où on aurait besoin de lui.
La responsable d’une association
de "commerce solidaire" qui ne commercialise aucun produit
cubain, nous a expliqué, pour sa part, que la lutte de son
association était la même que celle du
Che. Sauf que le Che voulait une amélioration des
conditions de vie de TOUT le peuple, non créer des enclaves
inégalitaires en améliorant les conditions de quelques uns,
ce qui se fait toujours au détriment des autres.
J’espérais pendant cette soirée
pouvoir parler de ce qui se passe en ce moment à Cuba, des
conditions de vie difficiles provoquées par le passage des
cyclones, des agressions constantes dont Cuba est victime
mais devant tant d’incompréhension et de mauvaise foi, je
dois dire que j’ai renoncé.
Ah, j’ai oublié de vous dire :
dans le civil, le représentant de l'association de
solidarité avec l'Amérique Latine est professeur
d’histoire…
Si je vous raconte cela
aujourd’hui, ce n’est pas pour me plaindre d’une expérience
désagréable : j’en ai vu d’autres et je m’en remettrai mais
c’est qu’il y a depuis déjà quelques années une volonté
manifeste de transformer l’image du Che pour la mettre « à
toutes les sauces ». J’ai assisté au moment du trentième
anniversaire de son assassinat à une conférence débat des
« Amis du Monde Diplomatique » avec François
Houtard et Jeannette
Habel, où le Che était présenté
comme un altermondialiste, le
maire de Porto Allègre en quelque sorte. Or, si le Che
voulait, en effet, transformer le monde, et quelqu’un dans
la salle l’a rappelé très justement, ce n’est pas de cette
façon-là. Pas question pour lui d’humaniser le capitalisme,
d’instaurer une taxe Tobin qui par son existence même
légalise la spéculation puisqu’on ne peut payer d’impôt que
sur quelque chose de légal.
« Tout part de la conception
erronée, disait-il, de vouloir construire le socialisme avec
des éléments du capitalisme sans réellement en changer la
signification. C’est ainsi qu’on arrive à un système hybride
qui mène à une voie sans issue difficile à percevoir dans
l’immédiat , mais qui oblige à de
nouvelles concessions aux éléments économiques, c'est-à-dire
un retour en arrière. »
On veut nous faire croire que la
politique économique du Che à Cuba a été un échec simplement
parce qu’à un moment donné, un nouveau ministre de
l’économie a été nommé et qu’il a appliqué une politique
différente. C’est loin d’être un argument suffisant. Si Che
n’était pas économiste à l’origine, on sait qu’il a beaucoup
étudié l’économie, faisant appel à des économistes réputés,
en particulier le français Charles Bettelheim avec qui il
avait des discussions passionnées sur tous les problèmes
auxquels il se trouvait confronté. Evoquant sa vie à Cuba,
il dira plus tard que jamais il ne s’est promené sur une
plage, jamais il ne s’est assis à la terrasse d’un café. Il
n’a fait que travailler, travailler, travailler. De cet
aspect de la personnalité du Che, on ne nous parle pas car
il est plus commode de dire que sa politique irréaliste a
conduit l’économie cubaine à la ruine. Ruine qui, plus de
quarante ans plus tard, n’est pas encore consommée…
Pas question non plus de pacifisme
bêlant car si le Che souhaitait que les transformations
puissent se faire de manière pacifique, il savait que ce
n’était pas possible à cause des résistances des classes
dirigeantes du capitalisme et de la bourgeoisie. Tout jeune
déjà, il refusait de manifester sans arme et savait que
répondre à la violence n’était pas la provoquer. Le recours
à la lutte armée n’était pas pour lui quelque chose de
souhaitable en première intention mais une chose qu’il
fallait savoir mettre en œuvre au moment où cela devenait
inévitable et vital. Il savait aussi faire la différence
entre les forces à combattre et les individus victimes
eux-même de ces forces et qui
croyaient accomplir leur devoir en se battant à leur côté.
C’est ainsi que de nombreux soldats de Batista rejoignirent
l’armée révolutionnaire après avoir été fait prisonniers car
ils n’étaient pas traités en ennemis mais en victimes. Donc
même si le Che avait une façon assez personnelle de mener
son combat, c’était un combattant et il savait se montrer
sans faiblesses quand les circonstances l’exigeaient. C’est
cet aspect qui est le plus souvent édulcoré depuis quelques
années et si on préfère l’image d’un pacifiste rêveur,
romantique, déconnecté de la réalité, c’est que cette image
est moins dangereuse politiquement que celle du combattant
humaniste que le Che a été.
Que le Che ait eu un destin
fulgurant , c’est vrai. De 1956,
année où il s’engage aux côtés des révolutionnaires cubains
à 1967, année de son assassinat en Bolivie, 11 petites
années se sont écoulées. Mais 11 années ô combien remplies !
Il faudrait tout d’abord faire le bilan des transformations
accomplies à Cuba : éradication de l’analphabétisme,
instauration d’une couverture maladie pour tous,
redistribution des terres, des logements, nationalisations,
mise en place des coopératives d’état, reconquête de
l’indépendance nationale, etc…Il
faudrait ensuite énumérer toutes les aides que Cuba a
apportée aux pays en difficulté en Amérique Latine et
partout dans le monde au cours de cette période et
l’énumération serait fastidieuse. Alors l’idée que le destin
du Che a été tellement court qu’il n’a « rien fait » relève
du mensonge pur et simple. Comme disait Alceste à Trissotin
à propos de la composition de son sonnet : « Mais monsieur,
le temps ne fait rien à l’affaire ! »
Quant à la comparaison entre
Kennedy et le Che c’est une insulte pure et simple pour ce
dernier. Pendant son court mandat, Kennedy a mis au point
les premiers actes terroristes contre Cuba, l’invasion de la
Baie des Cochons, menti effrontément au monde entier lors de
la crise des missiles, etc…On ne
peut pas dire qu’il n’a rien fait, il n’a fait que du mal.
Pendant ce temps, Che se mettait au service du peuple,
coupait la canne à sucre comme travailleur volontaire,
défendait son pays contre une invasion de
mercenaires, et apportait son aide partout où il pouvait. Il
a fait beaucoup aussi, il n’a
fait que du bien , mais évidemment, il vaut mieux ne pas
parler de cela…on risquerait en en parlant d’en donner une
image bien trop positive…et peut-être de susciter des
vocations.
Depuis la chute du bloc de l’est,
si on ne nous sert plus pour déclarer des guerres,
l’argument de la menace communiste, on nous ressasse jusqu’à
plus soif que le communisme, parce qu’il est tombé, ne
pouvait rien contenir de bon. Or, le Che était communiste et
jamais il ne l’a renié. Il faut donc présenter au monde
l’image d’un Che non communiste, ce qui est en soi un tour
de force mais certains ne sont pas à une contradiction près.
Et si le Che, image emblématique pour Tee-shirts ne pouvait
être communiste, il va de soi qu’il doit aussi s’être séparé
de Cuba et de Fidel Castro, qui constituent l’un des
derniers bastions du communisme dans le monde et continuent
contre vents et marrées à défendre les valeurs de la
révolution de 1959. Jamais le Che ne s’est séparé de Cuba,
ni de Fidel Castro. On sait d’ailleurs depuis longtemps
qu’en acceptant d’aider les révolutionnaires cubains, Che
avait bien posé comme condition que, lorsqu’il le jugerait
utile, il reprendrait sa liberté pour aider d’autres pays
dans leur lutte. Car Che est un internationaliste convaincu
et déjà, à travers ces deux voyages initiatiques qu’il
accomplit dans sa jeunesse sur sa Rossinante à moteur, il
appréhende tout le continent comme un seul pays où tout le
peuple a droit à la Révolution.
Lorsqu’il organise l’expédition du Congo, c’est en plein
accord avec Fidel qui lui fournit hommes et
matériel . Il en sera de même en
Bolivie et dans sa lettre d’adieu, Che confie sa famille à
Fidel et au peuple cubain. Aurait-il fait cela si le moindre
désaccord avait surgi entre eux ? Car il était très attaché
à sa famille, même si ses actions le retenaient souvent loin
d’elle, jamais il ne l’aurait confiée à des personnes en qui
il n’avait pas une confiance absolue. De plus, cette
famille vit toujours à Cuba et ses enfants continuent à
défendre les idéaux de leur père et la révolution cubaine
.Lors d’un séjour en France en 2003, son fils
Camillo n’a cessé de répéter
qu’au lieu de porter des Tee-shirts à l’effigie de son père,
les gens feraient mieux de lire ses écrits afin de
pénétrer réellement sa pensée révolutionnaire. En effet,
pour Che l’application de la peine de mort, conséquence
d’un rapport de forces défavorable, représente plutôt un
témoignage de faiblesse. Cependant, il y recourait lorsque
les circonstances l’exigeaient et que le peuple le
réclamait . Et
Camillo Guevara affirmait que
lui-même, dans la même optique, soutenait les mesures prises
par le peuple cubain et par Fidel Castro face au danger
croissant venant des USA en ce printemps
2003 . Alberto Granado,
vit lui aussi, toujours à La Havane et affiche toujours les
mêmes convictions. Dire que Che s’est séparé de Cuba et de
Fidel , c’est dire qu’on peut
admirer le Che et ne pas soutenir Cuba et même que si on
admire le Che, on ne doit pas soutenir Cuba. Certains vont
jusqu’à affirmer que Fidel l’aurait fait assassiner. On sait
bien ce qu’il faut penser d’une telle accusation mais
au-delà de la manœuvre de gusano,
il y a une idée bien plus pernicieuse parce que moins
évidente, qui est : vous qui admirez le Che et qui seriez
tenté d’apporter votre soutien à Cuba par respect pour sa
mémoire, regardez donc ce que Cuba lui a fait… Le but est de
dissocier deux causes qui ne sont pas dissociables pour
isoler Cuba.
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