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ERNESTO CHE GUEVARA
Rêver, lutter et conquérir :
« soyons réalistes,exigeons l’impossible »
ESPACE CHE GUEVARA
Liste de Textes sur
CHE Guevara :
Au‑delà de la légende, un homme pour le
temps présent
Par
Louis Lavendeyra (1)
Il n'
y a pas de légende du CHE, mais l'histoire simple el
fascinante d'un homme qui domine, par cette qualité humaine
que les latino‑américains appellent la entereza (la
droiture), l'histoire de ces années de braise, années
pendant lesquelles, du Rio Bravo à la Patagonie,
resurgissait l'espoir bolivarien d'une vraie indépendance
pour l’Amérique latine : briser la tutelle des Etats‑Unis et
créer « une autre société » était le projet global de toute
une génération. En ces années, les révolutionnaires
d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine étaient à la
recherche d'une stratégie commune et, si le projet personnel
du CHE doit être considéré comme une utopie, alors il faut
démontrer clairement que le projet de tous les exploités de
la planète l'était.
En
fait le projet du CHE et de sa génération en Amérique latine
précède de trois décennies l'effondrement du « socialisme
réel » qui n'était pas un socialisme. C'est cet effondrement
qui momentanément modifie le cours des événements pour cette
partie oubliée de la planète, celle que l'on appelait tiers
monde, monde exploité férocement, monde de souffrance, monde
crucifié.
L'option du CHE est celle de José Marti : « je veux
partager mon sort avec les pauvres du monde ». C'est avant
l'heure, celle des théologiens de la Libération : l'option
préférentielle pour les pauvres.
Paradoxe : le CHE, comme beaucoup d'autres dans le sous
continent, pense que l'Union soviétique n'est pas le modèle
de société qu'il faut imiter. Celle conscience‑là est la
sienne dès le lendemain de la révolution Cubaine en 1959 et
elle ira en se développant jusqu'à son départ pour la
Bolivie.
Le CHE,
lorsqu'il gagne le terrain de sa dernière lutte, reprend la
pensée du poète Machado : « passant, il n'y a pas de chemin,
le chemin se fait en marchant ». Vers qu'aucun
révolutionnaire latino‑américain n'ignore, ni à cette époque
ni aujourd'hui. En fait, le CHE reprend, avec ses hommes la
Révolution à zéro et il n'ignore pas l'ampleur de la tâche.
N'a-t‑il pas médité les paroles de Bolivar à la veille de sa
mort : « J'ai labouré la mer ». Mais le CHE sait que même sa
mort prépare le futur, celui qu'il incombe aux générations à
venir parcourir à leur tour. Tous ceux qui accompagnent le
CHE ont celle même conscience : une guérilla est fragile au
tout début de ses opérations. Or Mongé, secrétaire général
du parti communiste bolivien, à promis à son passage à la
Havane cent combattants. Il ne tiendra pas sa promesse ;
Comme beaucoup de communiste latino‑américains de l'époque.
Il avait pris relativement ses distances vis à vis de la
stratégie orthodoxe soviétique ; mais, lors d'un passage en
Bulgarie, des agents soviétiques le retournent. La guérilla
du CHE en Bolivie sera victime de cette trahison. De nos
jours, les détracteurs du CHE escamotent ce fait.
L'option de la guérilla en Bolivie s'explique par le fait
que le CHE savait que Salvador Allende avait de grandes
chances de gagner les élections présidentielles au Chili et
qu'il comptait sur de premiers succès de la guérilla pour
provoquer des réactions dans son pays natal l’Argentine, et
au‑delà en Uruguay et même au Brésil. Le CHE savait calculer
ce que les jésuites appellent « le prochain pas possible ».
Contrairement à l'idée qui prédomine dans les pays
occidentaux sur le CHE, le projet bolivien n'était pas une
aventure. En revanche, le choix du Nancahuasu n'était
certainement pas le meilleur et la préparation de
l'implantation de la guérilla fut sans doute trop hâtive. La
publication de documents inédits laissés par le CHE avant
son départ en Bolivie permettrait de faire toute la lumière
sur cet épisode.
Au‑delà
des limites de la geste bolivarienne, si la figure du CHE
frappe les esprits en Europe, c'est parce qu'il apparaît
comme un homme dont la conduite est conforme à la pensée :
il fait ce qu'il dit. Et il le fait en toute simplicité. Ce
qui frappe chez le CHE, même dès les premières années de la
révolution cubaine, c'est qu'il ne se conduit pas en « homme
politique ». Au cours des entrevues qu'il accorde devant les
caméras de télévision, il n'a pas de réponse pour tout et il
le dit. Plus encore, la pensée du CHE est toute orientée
vers la connaissance des opinions qui différent de la
sienne. Il y a chez le CHE tout un cheminement toute une
réflexion en marge des dogmes marxistes vers un autre projet
de société avec une participation populaire sans cesse
accrue, dans la formulation d'une politique répondant à
l'idéal d'une société basée sur la justice et la fraternité.
Le CHE était aussi allergique à la « dictature du
prolétariat » qu'il l'était, dans le domaine de l'art au «
réalisme socialiste ». On découvrira peu à peu que le CHE a
été longtemps tenu dans les pays socialistes qu'il a
traversés pour un « hérétique ».
Mais ce
qui fera demain la grandeur du CHE c'est son insistance sur
le fait que la transformation de la société où nous vivons,
qui se caractérise par des injustices de plus en plus
criantes et une déshumanisation accélérée, exige de tous une
éthique politique. Chaque être humain, chaque citoyen a le
devoir de transformer cette société en acceptant tous les
risques ; et les hommes qui, sur le terrain de la politique,
les représentent momentanément sont tenus à une conduite
exemplaire. C'est ce message qui compte le plus aujourd'hui.
Un jour s'effacera le visage du CHE immortalisé par la photo
de Korda ; resteront les autres visages, ceux qui
correspondent à l'homme simple, à l'homme réfléchi, à
l'homme de bonne volonté, à l'homme du peuple, à celui qui a
préservé le sens de l'histoire humaine, celle d'un être
humain s’humanisant.
Il y a
un chemin où l'on doit persévérer, celui qui mène à la
justice et à la fraternité, à l'amour du prochain, qui mène
à la vie. Et il y a l'autre, celui de l'injustice et du
mensonge qui mène à la mort planétaire.
(1)
Louis Lavendeyra a fait des études de sciences politiques à
Paris. Il fut le conseiller de Jacobo Arbenz au Guatemala
où il rencontra le CHE pour la première fois. Il prépara les
conditions de la résistance armée à la havane, rejoignit le
CHE et participa à la bataille de Santa clara où il fut
blessé. Il fut ensuite nommé à la Direction politique de la
défense armée de Cuba. Il rejoignit plus tard l’Amérique
centrale et participa à la lutte au Salvador.
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