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ERNESTO CHE GUEVARA
Rêver, lutter et conquérir :
« soyons réalistes,exigeons l’impossible »
ESPACE CHE GUEVARA
Liste de Textes sur
CHE Guevara :
Che par Korda Par Remy Herrera
CUBA SOLIDARITY
PROJECT
De : Denisjpmo@aol.com
Visitez :
http://www.kordaporsiempre.com/
un site dédié au photographe cubain ALBERTO DIAZ "KORDA".
http://risal.collectifs.net/article.php3?id_article=76
par Remy
Herrera
7 mars 2005
Il y a tout juste 45 ans, le 5 mars 1960, Korda prenait
cette fameuse photo du Che, célébrissime photo, qui a fait
le tour du monde. La gravité et la détermination qu´exprime
le visage du Che sur cette photo, en plus du charisme, et
de la beauté, s´expliquent, on le sait, par les
circonstances. Korda a pris cette photo alors que le Che
assistait, sur une tribune dressée le long du cimetière
Colon à La Havane, calle 23, non loin de la Place de la
Révolution, aux obsèques des victimes d´un attentat :
l´attentat du bateau La Coubre, ce bateau français chargé
d´armes achetées par Cuba à la Belgique, que des agents de
la CIA -lumière fut faite depuis sur cette affaire- avaient
fait exploser la veille, le 4 mars 1960, dans le port, lors
des opérations de déchargement. L´attentat fit 75 morts, 200
blessés, des dockers cubains surtout, mais aussi des marins
français, dont plusieurs (9) furent tués dans l´explosion.
Ces 4 et 5 mars 1960 étaient donc jours de deuil, jours de
drame, car le sang cubain avait coulé -et avec lui du sang
français. Il y avait déjà eu, depuis le 1er janvier 1959,
des attentats contre Cuba. Mais les États-Unis avaient
d´abord utilisé, par tactique, des contre-révolutionnaires
cubains, exilés ou restés dans l´île, qu´ils organisaient,
qu´ils finançaient, qu´ils armaient, ou des hommes de main
de gouvernements-valets de l´époque, comme celui du
dictateur Trujillo en République dominicaine. Des attentats
avaient donc déjà été commis, visant les ambassades de Cuba
à l´étranger, comme en République dominicaine et en Haïti
par exemple, de même que des actions d´espionnage et de
sabotage, et, très nombreuses, des violations de l´espace
maritime et aérien cubains dans le but de mitrailler des
zones habitées, de bombarder des fabriques et des centrales
électriques, d´incendier des cannaies et des sucreries. Mais
c´est vraiment à partir de 1960 que les États-Unis allaient
s´engager directement et systématiquement contre la
Révolution cubaine. Quelques jours avant l´attentat du La
Coubre, le directeur de la CIA, Allen Dulles, avait créé, en
janvier 1960, une « force spéciale » chargée d´actions de
subversion contre l´île. Quelques jours après l´attentat, en
avril, il ouvrira au Guatemala une base d´entraînement
militaire de mercenaires dans le but de préparer l´invasion
militaire -qui eut lieu en 1961 et se termina, comme on le
sait, par un désastre pour les États-Unis. Mais même après
ce désastre, les actions terroristes contre Cuba
continuèrent, et se multiplièrent, organisées, soutenues ou
couvertes par la CIA -jusqu´à des attentats contre des
écoles et des crèches, jusqu´à l´assassinat d´instructeurs
de la campagne d´alphabétisation, jusqu´au premier attentat
de l´histoire de l´aviation civile, jusqu´à des attentats
biologiques perpétrés contre Cuba, contre ses cultures, ses
cheptels, sa population... Pardon à ceux qui ne le savaient
pas -s´il y en a-, à ceux qui ne le croyaient pas -il y en a
certainement-, à ceux qui ne veulent plus le savoir
-tellement de vilaines choses sont commises en ce monde...-
; mais il faut bien le dire : les États Unis se sont
comportés et se comportent encore aujourd´hui vis-à-vis de
Cuba comme un État voyou, un État terroriste. Comment
oublier, d´ailleurs, que la dernière mission du Che en tant
que dirigeant de la Révolution fut de présider, en décembre
1964, la délégation cubaine à l´Assemblée générale des
Nations unies, où il dénonça avec force le comportement
terroriste des États-Unis
Qu´avait donc fait Cuba ? Cuba avait fait une révolution,
Cuba s´était libérée. Et la Révolution avait pris des
mesures en faveur de son peuple, des mesures de justice
sociale, des mesures élémentaires : de lutte contre la
corruption, contre la mafia, contre le trafic de drogue,
contre la prostitution, de suppression des appareils
répressifs d´Etat aux ordres de l´oligarchie, de disparition
de la mendicité et du travail des enfants, de disparition de
la ségrégation raciale, de baisses des prix de
l´électricité, des loyers, des médicaments, des livres, de
promotion de grands travaux publics et de création
d´emplois, de priorité à la santé et à l´éducation
publiques, d´instauration de la sécurité sociale, d´un
système de retraites, de l´éducation universelle, de
développement de la recherche, de la culture, du sport...
Cuba avait fait une réforme agraire... L´impérialisme
allait-il laisser un peuple se libérer ? Voilà la première
chose à saisir dans les yeux du Che sur cette photo : cette
évidence pour lui, pour tous les Cubains, pour tous les
Latino-Américains, comme pour les peuples du Sud, l´évidence
que l´impérialisme existe, que l´impérialisme n´est pas une
fiction de l´imaginaire marxiste, mais une réalité.
L´impérialisme existe parce qu´il tue, comme il tua ce 4
mars 1960 à Cuba, l´impérialisme existe parce qu´il
s´acharne à détruire ce que l´Amérique latine a de
meilleur, comme ce fut le cas au Guatemala en 1954, où le
Che vit la CIA renverser le gouvernement Arbenz, dont le
tort était d´être un bon gouvernement, démocratique, social,
national, un gouvernement au service de son peuple. Ce que
le Che de Korda a dans la tête à ce moment-là, sur cette
photo, c´est sans doute aussi le souvenir du Guatemala, le
souvenir du Guatemala martyr.
L´attentat du 4 mars était un drame, mais c´était plus qu´un
drame. C´était le signal lancé par les États-Unis qu´entre
eux et Cuba, ce serait désormais une lutte à mort. Et il y a
ça, aussi, dans le regard du Che à cet instant : la
conscience grave et déterminée que c´est la Révolution
cubaine qui vaincra, ou l´impérialisme. "¡Patria o muerte
!", criera Fidel, ce 5 mars 1960, pour la première fois. Et
Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir étaient là pour
l´entendre, sur cette même tribune : « la Patrie ou la mort
! » - qu´il faut entendre comme les Cubains l´entendent,
dans l´esprit de José Martí : "Patria es humanidad", « la
patrie, c´est l´humanité ». Che était argentin, mais il se
sentait Cubain, il devint Cubain en luttant pour la liberté
de ce peuple comme s´il s´était agi de celle de son peuple,
comme s´il s´était agi de celle de tous les
Latino-Américains, emportés par la Révolution cubaine, une
révolution faite par les Cubains, mais qui porte en elle
quelque chose de plus qu´elle-même, quelque chose des
espérances de liberté de toute l´ Amérique latine. De la
même manière que Che porte en lui une part d´universel, qui
fait que, d´où que l´on vienne, on se reconnaît en lui, dans
son idéal, on y projette ses espoirs.
Pas une manifestation de rue dans le monde où de jeunes gens
ne se rassemblent autour de cette photo du Che. Et pourtant,
des photos de lui, nous en connaissons, beaucoup : celle du
balcon de Buenos Aires prise par son père ; celle de la
prison de México ; celle -la première dans la guérilla-,
peut-être prise par Celia ou par Frank Pais, où on le voit
casqué ; celles où il lit Goethe, ou boit le mate dans la
Sierra ; ou aux côtés de Camilo, d´Almeida, de Raul, ou
parlant avec Fidel (qui allume un puro) ; ou coupant la
canne ; celles prises avec Mao, Nehru, Tito, Nasser, Ben
Bella, Khrouthchev ; ou, avant le Congo, rasé et cravaté ;
ou chauve, avec des lunettes, avant le départ pour la
Bolivie... Nous connaissons jusqu´aux photos prises par ses
assassins, après sa mort, là-bas, en Bolivie, où d´aucuns
ont reconnu le Christ gisant de Mantegna ou un tableau de
Rembrandt. Il y en aurait même eu d´autres encore, des
photos du Che, s´il n´avait refusé, ce 4 mars 1960, d´être
photographié sur les lieux de l´attentat du La Coubre, par
Ande de la revue Verde Olivo notamment, alors qu´il portait
secours aux victimes, retrouvant son premier métier, celui
de médecin, celui qui, avant la Révolution, lors de son
périple latino-américain, l´avait confronté à la misère,
aux maladies, « à l'impossibilité de soigner un enfant faute
de moyens », comme il l´a écrit. Mais de toutes ces photos,
c´est peut-être celle de Korda qui est la plus connue, qui
est la plus symbolique.
Combien de paradoxes, pourtant, sont attachés à cette
photographie, à ce symbole.
Premier paradoxe. Cette photo - oeuvre d´art - est devenue
dans le monde qui est le nôtre, le capitalisme, un produit
commercial, une marchandise, dans son genre l´une des plus
vendues au monde. Quel paradoxe de voir l´image du Che
marchandisée, lui pour qui l´argent n´importait que pour
autant qu´il fallait le détruire, lui qui étudia même, à la
tête de la Banque centrale de Cuba, des expériences de
suppression de la monnaie - cette photo est aussi celle d´un
président de Banque centrale ! On peut voir, à New York,
des tee-shirts avec ce portrait du Che vendus aux côtés
d´autres arborant le sigle de la CIA... Ou comment le
capitalisme fait de l´argent avec le portrait d´un de ses
adversaires les plus résolus ! Car ce que nous montre cette
photo, c´est l´image d´un révolutionnaire qui s´est battu
jusqu´à la mort, non pas contre l´injustice d´un « mauvais »
capitalisme, mais contre l´injustice du capitalisme tout
court, ennemi des peuples, qui s´est battu jusqu´à la mort
contre l´impérialisme, ennemi de la démocratie. Lénine nous
avait prévenu : «le capitaliste vendrait jusqu´à la corde
destinée à le pendre ». Che était communiste. Mais alors,
aurions-nous jeté l´enfant avec l´eau du bain ? Che « pur
comme un enfant ou comme un homme pur », écrit le poète,
Nicolas Guillén. Tout n´est-il pas à jeter dans le
communisme, alors, si l´homme était si pur, si Che est
communiste ?
Deuxième paradoxe. « Cuba te sait par coeur. Visage à la
barbe clairsemée. Et ivoire et olive de la peau de jeune
saint », Guillén à nouveau. Cette photo, c´est bien plus
qu´une photo. Cette photo est l´image d´un saint, c´est
devenue une icône religieuse. Paradoxe, nouveau paradoxe que
de voir ce communiste, athée, révolutionnaire d´une
révolution laïque, changé en héros « mystique » - comme on
l´a dit des photos prises par Chinolope à l´Université,
trois jours avant celle de Korda - ; de voir le Che
transformé en sauveur, Christ en armes, fils de Dieu, Dieu
lui-même fait homme ! Bien sûr que tout cela participe de la
récupération du Che, de sa neutralisation en pur esprit, en
être imaginaire, en abstraction, apolitique, ascétique, en
bien incarné -et beau comme un acteur de cinéma (par-dessus
le marché)-, en symbole que chaque individu investit d´un
tas de choses, qu´un psychanalyste expliquerait bien mieux
que moi (l´image du père sévère, mais juste), et surtout de
cette chose indicible qui fait que l´on se sent être humain,
et non hombre-lobo, lorsque l´on ressent la souffrance des
autres, lorsque l´on aide les autres, lorsque l´on aime les
autres. Mais, autant le paradoxe de la marchandisation du
Che était porteur d´une contradiction insoluble -car Che et
le capitalisme sont inconciliables, irréconciliables, car
Che ne fut pas un être supérieur, mais un révolutionnaire
communiste, simplement, qui, comme beaucoup d´autres
révolutionnaires communistes, donna sa vie pour la
révolution, homme nouveau en marche vers la société
communiste, guerillero qui lutta armes à la main-, autant il
me semble que l´opposition entre la réalité d´Ernesto
Guevara athée et l´imaginaire du Che christique est
surmontable. Cette opposition me paraît surmontable parce
que l´on sait aujourd´hui articuler religion et révolution,
comme le montre la révolution bolivarienne au Venezuela ;
ou comme on peut apercevoir un peu de l´Apocalypse de Saint
Jean dans la Critique du Programme de Gotha de Marx : la
société communiste de Marx ou du Che n´est certes pas la
Jérusalem céleste de Juan, mais les deux ont en commun cette
utopie d´un monde nouveau où celui qui a faim recevra le
pain et le recevra gratuitement ; où, dit la Bible, « celui
qui a soif, moi, je lui donnerai de la source de vie,
gratuitement ». Cela, c´est une interprétation que je ne
partage pas, personnellement, parce que je suis athée et
matérialiste, mais c´est une interprétation qui ne me choque
pas, ou plus, et je crois que c´est une interprétation qui
ne peut pas choquer les révolutionnaires cubains, eux qui
ont appris à faire avec la religion - avec les religions,
avec Santa Barbara et Chango.
Troisième paradoxe. Le paradoxe d´un Che combattant,
commandant de la Révolution cubaine, que l´on veut séparer
de la Révolution cubaine, que l´on veut arracher à la
Révolution cubaine et en particulier opposer au commandant
en chef, à Fidel. Comme s´il y avait un bon révolutionnaire
et un mauvais révolutionnaire. Le diable et le bon Dieu
version cubaine. Comme s´il y avait un Che, pur, et un
Fidel, impur, diabolique, dont les ennemis de la Révolution
prétendirent, par un nième mensonge, qu´il avait à Cuba fait
fusiller le Che, pour « divergences de vues », diffusant
même une affiche sur laquelle Guevara Lynch, père du Che,
réclamait à Fidel que lui fût rendu le cadavre de son fils.
Et il fallut que Guevara père protestât avec force et
indignation contre ces calomnies médiatiques -à côté de ça,
Robert Ménard et ses soi-disant défebseurs de la « liberté
de l´information » de RSF font figure d´enfants de coeur !
Et comme par hasard, le bon révolutionnaire est justement le
révolutionnaire mort, celui qui a été vaincu, celui que l´on
nous a tué -comme on disait jadis aux États-Unis jadis : le
bon Indien est l´Indien mort. Mais ce que l´on rate en
acceptant cette logique-là, ce que l´on manque en acceptant
ce non-sens logique-là, qui tente de tourner le Che contre
la Révolution cubaine, c´est que le Che n´est Che en soi que
parce qu´il y eut la Révolution cubaine, que parce qu´il fit
cette Révolution en vainqueur ; c´est que le Che est Che
pour nous parce que Cuba est toujours là, parce que cette
révolution se tient toujours debout, victorieuse encore
aujourd´hui, pour que nous gardions le Che dans nos coeurs,
non comme un souvenir de magasin de souvenirs, mais comme
une pratique de transformation réelle du monde réel, pour
un autre monde, meilleur, possible, réel. Et ce, même dans
les moments les plus difficiles, les moments difficiles de
la « période spéciale » à Cuba, où il fallut résister, tenir
le choc, ou les moments difficiles que nous vivons tous
dans le monde à l´heure actuelle : des moments terribles de
régression historique, de destruction capitaliste (des
services publics, des liens sociaux et solidaires, des
valeurs morales et éthiques, de l´environnement...), des
moments terribles de barbarie impérialiste (de guerres, de
menaces de guerres, de pulsions exterministes du capitalisme
néo-libéral)... C´est notre temps, et il nous faut y
résister, tenir le choc, ensemble, avec le Che, aux côtés de
Cuba, cette patrie universelle.
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