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ERNESTO CHE GUEVARA
Rêver, lutter et conquérir :
« soyons réalistes,exigeons l’impossible »
ESPACE CHE GUEVARA
Liste de Textes sur
CHE Guevara :
Redécouvrons le CHE inconnu
Date : Sun, 2
Oct 2005 21:56:32 +0200
De : "CubaSolidarity" <cubasolidarity@club-internet.fr>
Objet : Redécouvrons le Che inconnu
From: <Denisjpmo@aol.com>
Sent: Sunday, October 02, 2005 5:31 PM
Subject: Redécouvrons le Che inconnu
Redécouvrons le Che inconnu
de Antonio Moscato traduit de l´italien par Karl&Rosa
La polémique sur les inédits de Guevara, qui se poursuit
dans plusieurs journaux, n´a pas aidé jusqu´ici à
comprendre le problème essentiel, qui n´est pas celui de qui
doit toucher les droits sur ses écrits mais celui des
critères utilisés jusqu´ici pour retarder la publication des
plus intéressants d´entre eux. Des écrits qui dévoilent une
critique sévère de l´URSS en tant que "non socialiste" et
une profonde réflexion sur la reproduction du modèle
soviétique à Cuba, qui ne furent pas rendus publics à
l´époque "par discipline".
Nombre d´inédits sont des transcriptions de brefs discours
et d´interventions au ministère de l´Industrie, précieuses
pour suivre son évolution. La plupart sont imprimés dans le
tome VI de l´ouvrage El Che en la Revolucion cubana, dirigé
par Orlando Borrego alors que le Che était en vie mais se
trouvait au Congo (en réalité il le vit - se souvient
Borrego - pendant son passage "clandestin" à Cuba en 1966).
Un ouvrage en sept grands tomes, tirés à peu de centaines
d´exemplaires hors commerce (selon certains 200, peut-être
un peu
plus) réservés aux dirigeants et interdits aux autres
citoyens cubains.
Il ne s´agit donc pas de manuscrits enfouis dans des
archives poussiéreuses où il aurait été difficile de les
chercher, mais de tomes imprimés dans une édition restée
quarante ans durant inaccessible aux citoyens communs et aux
cadres intermédiaires du parti (une autre confirmation de la
reproduction de quelques mécanismes typiques de l´URSS déjà
dans le Cuba de 1966-1967 et pas encore éliminés). Un
ouvrage si protégé des yeux indiscrets qu´un exemplaire
donné par Aurelio Alonso à la Bibliothèque centrale dont il
était le directeur, et placé naturellement dans les fonds
non accessibles à tout le monde, avait disparu à peine une
année après, quand il s´y était rendu pour le consulter.
Même Hildita, sa fille aînée, et le père du Che n´ont jamais
pu l´avoir.
Mais il y a autre chose. Le Che avait préparé aussi pour la
publication deux textes dactylographiés : le bilan de son
expérience au Congo et les critiques au Manuel d´Economie
politique de l´Académie des Sciences de l´URSS. Le premier a
attendu des décennies, pendant lesquelles on a fait de
graves fautes politiques en soutenant des régimes africains
colportés comme "socialistes", aussi parce qu´on a ignoré
les réflexions de Guevara sur les dirigeants des mouvements
de libération qu´il avait connus. Il n´est sorti qu´en 1994,
incomplet, dans nombre de pays dont l´Italie - mais pas à
Cuba - grâce à l´esprit entreprenant de Paco Ignacio Taibo
II, et à Cuba plusieurs années après. Etant
donné qu´ il a été finalement possible de le lire, il est
possible aussi de comprendre les raisons d´une censure si
prolongée.
Les Critiques au Manuel d´Economie politique de l´Académie
des Sciences de l´URSS attendent encore d´être publiées.
Pourquoi? Nous essayerons de le découvrir en en lisant
quelques passages importants.
Les écrits inédits (hormis quelques journaux de guerre et
des notes de lecture) remontent tous à la période 1962-1966
: des années de grande maturation à cause le la "crise des
missiles" (bien connue) et de la "crise des ORI" (moins
connue). Quelques traces sont repérables aussi dans des
écrits édités, dont certains assez faciles à trouver mais
également ignorés par les "bigots" qui cultivent le mythe
d´un Castro plus infaillible que le pape et refusent
d´analyser historiquement les différentes phases de la
politique de Cuba, en justifiant à tout moment chaque acte
de son groupe dirigeant.
Ces "bigots", dont j´ai vérifié l´attitude factieuse il y a
à peine un an quand ils interrompirent avec tapage une
discussion sur Cuba à la Bibliothèque Feltrinelli de Rome,
refusent d´admettre que la pensée de Guevara ait connu elle
aussi une évolution en arrivant même à parler, au Séminaire
afro-asiatique d´Alger (février 1965) de complicité des
"pays socialistes" avec l´impérialisme.
Mais c´est surtout à Cuba qu´il n´est pas facile de lire les
écrits de ces années-là. Quand j´ai séjourné, de nombreuses
années durant, plusieurs mois à Cuba pour des activités de
solidarité, j´ai découvert que dans les bibliothèques
périphériques on ne pouvait pas consulter de recueils du
Granma, hormis ceux des trois dernières années. Il était
impossible de consulter des magazines et des quotidiens de
la deuxième moitié des années Soixante, les plus vivaces et
intéressantes, sauf à la Bibliothèque centrale José Marti à
La Havane.
Le problème ne se limite donc pas aux inédits, que nous
allons présenter dans les jours à venir par une série
d´articles - mais qui, en grande partie, bien qu´ayant un
énorme intérêt pour ceux qui veulent étudier les différentes
phases de la pensée de Guevara, ne sont certainement pas
faciles à déchiffrer pour le lecteur profane s´ils sont
publiés en bloc (il faudrait des notes explicatives pour les
nombreuses références allusives, des introductions, etc.) -
mais concerne aussi et surtout les critères d´étude
systématique de tous ses écrits, non subordonnés à des choix
arbitraires de qui que ce soit (des éditions Mondadori de
Berlusconi ou d´une commission de censeurs cubains...).
J´ai toujours polémiqué avec ceux qui reprochaient
abstraitement à Castro son lien avec l´URSS : ce lien créait
plusieurs problèmes, mais il était inévitable. A qui d´autre
pouvait s´adresser Cuba après que les Etats-Unis avaient
coupé brusquement les achats de sucre et les livraisons de
pétrole et de tant de marchandises qu´un pays semi colonial
doit importer de l´étranger? Le problème est que de 1971
(après l´échec de la "Grande zafra" des dix millions de
tonnes de sucre, qui voulait pourtant réduire la dépendance
de l´URSS) à 1986 le prix payé a été une assimilation
idéologique, pas totale mais très lourde.
Non seulement Guevara reste dans cette période de quinze ans
comme pure icône du "guérillero héroïque", mais des revues
comme Pensamiento critico sont fermées et même la
publication d´une première anthologie des écrits de Gramsci
est bloquée. Les cadres "idéologiques" soviétiques
veillaient sur l´ orthodoxie. Certes, Fidel Castro a eu le
grand mérite, par la rectificacion de 1986, de se détacher
de l´URSS de Gorbatchev qui précipitait vers le capitalisme.
Il l´a fait avec des méthodes discutables (interdiction de
circuler pour les revues soviétiques en langue espagnole,
qui pendant la perestroïka étaient devenues très recherchées
par les Cubains) mais grâce à ce détachement Cuba n´a pas
été entraînée par l´"effondrement" comme d´autres pays. Dans
ces années-là il y a eu la "redécouverte" de Guevara, puis
tout a été bloqué.
Critiquer cela signifie-t-il converger avec l´impérialisme,
comme l´insinuent les "justificationnismes" acritiques et
dogmatiques et même la propagande facile de Cuba, qui a
attaqué même Galeano ou Saramago, parce qu´ils avaient osé
mettre en doute la justification de la répression ? Non.
L´impérialisme a fait disparaître l´exemplaire du livre de
Debray, Revolucion en la revolucion, que Guevara avait
annoté pendant la lutte en Bolivie, pour éviter que d´autres
révolutionnaires puissent bénéficier des observations
critiques de ce livre qui a fait tant de dommages par son
interprétation abstraite et intellectuelle de la révolution
cubaine.
Personne d´autre ne doit bloquer l´accès aux écrits du Che.
Nous en avons besoin non pas pour le sanctifier (d´autres le
font, en le soustrayant à l´histoire) mais pour le lire
comme Guevara conseillait de faire avec Lénine, avec lequel
il était pourtant en désaccord sur la NEP (un désaccord dû à
mon avis à une connaissance insuffisante du débat de ces
années-là) : le lire tout entier, jusqu´à la dernière
ligne, depuis 1917, pour comprendre l´ expérience
fondamentale de l´histoire du mouvement ouvrier. Le lire,
sans nécessairement accepter toutes ses conclusions, disait
le Che. Nous devons pouvoir faire la même chose avec son
oeuvre.
http://bellaciao.org/fr/article.php3?id_article=19237
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